19 juillet 2008
Faudra bien un jour, rendre les clés.
Depuis quelques temps, assez récents, une étrange angoisse a élu domicile en moi, jusqu'alors inconnue.
Je ne saurais dire avec précision de quelle façon subtile elle s'est insinuée en moi, d'abord de façon diffuse, m'étreignant le coeur et figeant mon sourire dans des instants légers,se diluant dans mon ventre à la tombée du jour, à cette heure suspendue entre chien et loup,quand au détour d'un chemin, la nature apparaît sublime et paisible d'éternité et qu'on se sent soudain si petit, si petit...S'immiscent dans mes nuits, suant sur ma peau, dans la crainte insensée de ne pas voir l'aube arriver...me rappelant à l'ordre dans mes nuits excessives et au matin blême, quand je rentre silencieuse, mes talons à la main et la mine chiffonnée qui me nargue au miroir des murs que je rase, m'éclatant au visage, comme ce matin là,me laissant effondrée et rageuse à la fois, comme une poupée de rien qu'on jette après le jeu.
Alors maintenant, c'est un peu comme si on m'avait rajouté, à la palette de mes émotions, une couleur sombre et lumineuse à la fois, avec une infinité de nuances, des plus froides aux plus brûlantes.Sans me concerter. Apprendre à jouer de cette nouvelle teinte. Ne pas lui laisser recouvrir l'ensemble, l'étaler, la gratter, la diluer, l'appauvrir, l'enrichir, la poser ici et là en touches subtiles, essentielles, délicates ou parfois en amas disgracieux et criants, en touches giclantes et hurlantes, en soupçons incertains, en fuites étirées mais lucides.
Angoisse, peur, tristesse...ineluctabilité. Fin d'un règne de toute puissance.Pas que j'en sois complètement effrayée ou terrassée, ni même particulièrement perturbée. Non, je savais qu'un jour j'y passerais, qu'un jour viendrait mon tour, même si j'aimais à répéter presque arrogante, que ce genre de crise existentielle ne me toucherait pas.Ce qu'on dit, tous, quand on ne sait pas. Je sais aussi que ce n'est qu'une première salve. Que les années encore qui passeront, me rapprocheront de la mitraille, celle où l'on passe le dos courbé, cherchant du regard un ciel dégagé, improbable, car sans doute que l'horizon ne sera plus jamais aussi lointain.Non, je savais, on me l'avait dit, je l'ai entendu si souvent dans ces "tu verras....un jour tu comprendras..." désabusés, blessés, ironiques, blasés...ces grimaces, cette amertume qui me révoltaient. Mais qu'ont-ils fait du temps donné? Que faisons-nous de notre vie?
Alors voilà, mon tour est arrivé! Ne souriez pas.Cette claque là ne porte pas à sourire.C'est juste que ma putain d'enveloppe a manqué de tact. Elle a choisi le moment le plus inopportun. Celui de ma vie où tout se remanie, où mes espoirs sont les plus fous et mes envies les plus violentes, pour me dire cruellement : "ben oui...il était temps! Parce que c'est pas qu'il t'en reste pas du temps, mais bon...t'en as déjà passé pas mal..." Et là, tout change, parce que on se met à compter. En terme de débit.
D'un coup on réalise qu'on a beaucoup trop de souvenirs, c'est louche. Les tubes qu'on écoutait ado, voir jeune adultes, sont devenus retro.Alors je me souviens de ces dimanches matins où je me moquais de sa mère, séduite par "les chaussettes noires",Presley langoureux, sur la vieille platine de mon père...leurs jeunes années...c'était rétro.Alors on regarde sa fille et l'insolence de ses 16 ans et ça fait une drôle de douleur mélangée au plaisir, comme un truc pas très catholique qu'on se défend d'éprouver, anachronisme du désir d'être à nouveau, glissant sur ses courbes insouciantes, sur le galbe de sa jolie poitrine...Alors on se regarde, comme un clown barbouillé de sueur, le masque dégoulinant après le spectacle, dans le miroir on s'observe comme un légiste et on voit, tout ce qu'on avait pas vu, la dégringolade subtile, l'effondrement du temps déjà. On ressort les photos, et on vérifie : dix ans, putain! Quel changement! Et on a rien vu venir!
Après, plus rien n'est pareil. On sait. On fait avec, mais tout est différent. Le temps passe plus vite. On se retrouve avec une nouvelle urgence au cul. Vivre. Profiter. On fait un peu n'importe quoi. Comme les chiens de chasse qu'on libère après des jours enfermés. On court à droite, à gauche, on s'épuise à chercher, à humer l'air, à savoir où aller.Tremblant, frémissant, vibrant.Désorienté.
J'étais dans la salle de bain.Je me suis dévétue. Je me suis campée bien droite devant ce salopard de miroir qui n'avait pas l'intention de me lancer des fleurs.Je me suis regardée et j'ai compté à rebours. Quand j'avais 20 ans.Le mauvais trip quoi. "putain! mais regarde-toi! Faut que tu perdes quelques kilos. Et puis ça pendouille là, merde! Mais c'est vrai bordel, l'ovale du visage ça fout le camps, et la commissure des lèvres,pourquoi elle devient amère...?Et ça..? C'est pas des rides d'expression, mon oeil! C'est des rides, des rides! Et ta peau, elle est plus si fraîche, elle te les fait payer cher, hein, tes nuits blanches, tes clopes, et tes martinis dry..." Et là je pense à ma mère, je la regardais se tartiner de crèmes le soir...et j'lui disais, sentant imperceptiblement son trouble, cette solitude dans le miroir..." tu es belle, même quand tu seras vieille je t'aimerai quand même" comme j'ai du être maladroite, comme j'ai du accentuer en elle, le gouffre...quand je tendais mon visage vers ses lèvres, inquiète de son mutisme et de ce regard attendri qu'elle posait sur mes 16 ans...
On prends les grandes mesures : sport, régime, alimentation saine, pour compenser les petits plaisirs qui pardonnent plus maintenant. Ben ouais, faut pas croire que je vais devenir ascétique quand même! Toi et moi va falloir qu'on compose hein? Je te donne des légumes, je supprime les graisses, j'te fais quelques muscles apparents, mais tu me laisses mes martinis et mes clopes, tu me laisses encore l'illusion des nuits blanches, tu me laisses brûler encore....
En se motivant un peu, on fini par s'y faire, elle est pas si mal cette nana de 37 balais, quelques heures de vol, mais bon, pas si mal pour avoir eu 4 mioches...on apprends à s'aimer différente, parce qu'à l'intérieur il y a bien plus de matière, plus de densité, tellement plus d'émotions et de compréhension...et on sait que c'est ça qui compte, bien plus que l'apparence physique...ou tout du moins on essaie d'y croire.
Non, le pire, c'est pas ça. C'est quand on s'assoit le soir, seule, la maison silencieuse, qu'on est fatiguée, le regard errant sur les objets, cherchant à s'accrocher à un visage,une présence...on se refait sa vie à l'envers, on remonte de quand on était petite fille, on se revoit au square ou à l'anniversaire de Tom..puis on se voit ado, les premiers amours, la mob de Laurent, son parfum dans le vent, et les mains sur ses hanches.Un peu plus tard, les choix qu'on a fait, ce qu'on aurait du faire et ce qu'on aurait fait si on avait su...Tout défile, tout revient, comme un album qu'on feuillette, des fois on se reconnait pas, on se sent si loin de cette fille là...et on arrive à maintenant,37 ans, c'est jeune et vieux à la fois..pourtant je suis presque à la moitié de ma vie, et l'autre moitié, je réalise que je l'ai pas vu passer.
Ce soir assise à même les dalles sur ma terrasse, je regarde le ciel étoilé, j'écoute le bruit des arbres. Je me sens fatiguée et j'en ai presque honte. Les larmes me montent aux yeux malgré moi. C'est brulant, ça pique les yeux, le nez, ça serre la gorge. J'me dis "arrête de rêver, y'a des choses que tu voulais faire et que tu ne feras jamais. Parce que c'est trop tard, parce que le temps est passé, parce que ça serait vraiment déraisonnable de croire le contraire."
Ce soir je me sens vieille, à cause de ça. Parce que le temps fini par dévorer les illusions, les rêves, la puissance de l'enfance. Le temps fini par dévorer les espoirs les plus fous, les plus tenaces, les plus beaux...et le pire c'est quand on capitule...qu'on lui donne raison...parce que c'est comme ça.
C'est ça qui nous tue, avant l'heure.
Alors ce soir je pense à Toi. Je sais que sans doute la relativité devrait me faire taire. Le sens du rapport, de l'équilibre sans doute. Parce que je suis plus jeune.Parce que tu es sous la mitraille. Parce que ce que j'ai voulu combler je réalise que je ne pourrais pas. Je crois que je comprends. Pourtant...
18 juillet 2008
Le coeur a ses raisons....

Eh toi, dis-moi que tu m'aimes
Même si c'est un mensonge
Et qu'on n'a pas une chance
La vie est si triste
Dis-moi que tu m'aimes
Tous les jours sont les mêmes
J'ai besoin de romance
Un peu de beauté plastique
Pour effacer nos cernes
De plaisir chimique
Pour nos cerveaux trop ternes
Que nos vies aient l'air
D'un film parfait !
Eh toi dis-moi que tu m'aimes
Même si c'est un mensonge
Puisque je sais que tu mens
La vie est si triste
Dis-moi que tu m'aimes
Oublions tout nous-mêmes
Ce que nous sommes vraiment
Amoureux solitaires
Dans une ville morte
Amoureux imaginaires
Après tout qu'importe !
Que nos vies aient l'air
D'un film parfait !
La la la la la...
LIO-Amoureux solitaires-
sourire.
Berry. Mademoiselle.17 juillet 2008
Sur le chemin...
Rien à déclarer!

Photo : Nikos Vasilakis
Comment lui dire le silence depuis son absence. La blessure ravivée et tenace. Comment lui dire sans le fuir l'émoi arrimé à sa peau, supposé, à peine goûté, entrevu, exalté par le chemin à rebours.Comment lui dire ses détours,les histoires où elle demeure aussi, ses oublis,ses souvenirs, ses désirs qui se mêlent se mélangent à volonté à l'image troublante qu'il laisse voir, deviner, entrevoir à mes yeux attendris, fascinés et brulants des montagnes à franchir.Comment lui dire en silence, sans faux-pas, pour ne pas, qu'il ait peur, tous les rôles qu'elle endosse, les amours qu'elle sublime et qui crient sa vérité.Parce que sa vie est un théâtre, ses amours un public qu'elle vénère et adore et auquel elle se donne, sans compter, les heures longues d'attente,et les mots qu'on se dit en-dessous,les chuchotements fiévreux en coulisses, la lumière qui la brûle,l'impromptu dans ses mots,le piquant d'un défi et tes yeux qu'elle rencontre, les barrières qu'elle enfonce,les espaces qu'elle remplit de son corps éperdu de ses bras qui t'enlace, les prisons dont elle sort, les jardins inconnus qu'elle préserve en replis, farouchement fermée à celui qui l'ignore, et la fougue dans le jeu,inventer tout un monde et pleurer de bonheur, s'enflammer de ta bouche fermée et lire dans tes yeux l'infini des possibles, l'infini des frissons à l'offrande des peaux.Comment lui dire les promesses qu'il fait, dans tout ce qu'il lui tait, comment lui dire les sourires, les caresses et le feu sous la glace. L'absurde d'une nuit, les désirs des matins, les larmes parce qu'il en faut, pour laver les blessures, réparer les injures, rire de son impuissance.Les serments anonymes, les violences délicieuses, les colères éclatantes, les soupirs résignés, les approches risquées,le plaisir de tomber, les passions essoufflées, le goût du never more. L'insolence des répliques qu'elle module passionnée, aux réponses, au non-dits et à toutes les envies, les silences et les fuites qu'elle illumine de sens à poursuivre ta voix bien au-delà des mots..sous la seule coursive, le soleil d'une vie, aimer jusqu'aux limites, être désincorporée, s'oublier sans vraiment,habitée se refaire dans le désir de l'autre, éternelle, insaisissable, immuable de volonté, exacerbée d'encore.Comment lui dire tout l'éclat qu'il lui donne du désir de la voir,l'observer se mouvoir comme un chat qui méprise sa proie, qui ne veux pas blesser et surprend de tendresse dans sa course effrénée, par l'arrêt étourdi pour se laisse piéger, délicieusement offert aux caresses qui domptent, se laisser dévorer, victime consentante.Comment lui dire?
Impossible. Les mots seraient trahir l'essentiel à écrire et l'essentiel à vivre. Juste laisser deviner, espérer qu'il comprenne, il n'y a rien à dire. Désire-la toujours, juste sentir et prendre,conquis et affamé,sauvage ou faussement policé, à l'instant, au présent,pour une éternité, demain elle sera autre, demain elle sera sienne si tu l'oublies de trop, demain elle est ailleurs et pourtant elle est tienne si tu y crois encore, et tu ne comprends rien,et c'est ça qui te tient, sous bien trop de réponses elle s'échappe elle est rien elle est tout, et tout dépends de toi, il suffit d'un moment où tout peut basculer et puis recommencer..Et si tu l'abandonnes, que tu ne la vois plus, si d'elle tu te lasses,si tu la laisses seule jouer la partition, elle se mordra les lèvres, fière dans son dédain, elle cachera les larmes, l'amère solitude, elle gardera les mots qui sont restés muets,elle sortira de scène enveloppée du manteau des grandes solitudes où l'ego se dispute aux blessures enfantines et au sens du vide, dans le rire sarcastique d'une fin tragédie.Elle ira emportée, frissonnante d'abandon, malmenée par l'espoir, dominée, d'irraisonnés appels,d'appétits insatiables,sous d'autres mains curieuses, sous une bouche gourmande, ou un regard lointain,sous un coeur qu'elle devine qui peut-être encore, elle en rit, elle en pleure, ne voudra pas du sien ou ne verra pas celle qu'elle laisse sur son chemin. Aimée contre une peau qu'elle aimera peut-être pour une heure, pour une nuit, pour la vie c'est ainsi;dans d'autres yeux surement car l'absence la ternie, sous d'autres yeux surement,qui la verront meilleure ou bien pire qu'elle n'est, alors juste qu'elle n'attends, jouant sa mégalo, que celui qui saura brûler de mille feux de cette fille à facettes. Tigresse et douce louve,libre qui s'emprisonne,de cet enfant d'la balle perdue dans ses nuages, sur le fil toujours, de cette gamine nus pieds avec qui tu déconnes, qui effleure ta jambe et joue à la garçonne en fumant nonchalante pour cacher son désir, de cette actrice perdue qui te jette le regard que tu n'attendais plus qui attend le regard qui pose ses limites, de cette amie aimante qui couvre de baisers tes épaules et ta nuque lorsque tu n'y crois plus,de l'amoureuse fidèle qui ne verra que toi et le feu dans tes yeux, de cette amante meurtrie qui attendra un signe pour croire à son histoire qu'elle rejoue dans son lit surtout les soirs de pluie,de cette muse câline qui lira sur tes lèvres et boira tes paroles, les rêves que tu feras et qu'elle encouragera, de cette fille rougissante au regard effronté qui attend que tu donnes le signal pour te dire ce que tu n'attends plus,de la maitresse cachée qui invente demain au creux de ses dentelles que ton absence allume et dévoile sans cesse,Bonnie parker par bonheur qui n'aura peur de rien pour nous garder vivants, de ce démon farouche qui te tend une épaule puis te tourne le dos en devinant joyeuse tes yeux dans sa cambrure.Je suis Elle.Elles.
Mais ne rien dire. Silence. Que rien ne brise l'instant fragile d'une rencontre.

